LA NUIT
Création
Composition pour musique et marionettes
Conception et mise en scène
Pierre Blaise
Spectacle sans parole
Tout public
Dramaturgie
Le plaisir lié à la marionnette pourrait laisser entendre qu’il s’agit d’une passion dilettante.
Or, c’est un art qui brûle d’un feu intérieur alimenté par le souvenir du rêve.
« C’est par les rêves que l’humanité forme malgré tout un bloc, une unité d’où l’on ne peut
s’évader. Le juge se retrouve dans l’assassin, le sage dans le fou… non pour s’être bien
observés l’un l’autre mais pour avoir été tous dormeurs. »
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« La Nuit » est une histoire vraie.
Cette histoire vraie apporte la preuve que le théâtre est né de l’épouvante et du songe.
Cette histoire vraie est aussi un secret.
Il se révèlera à qui saura l’écouter.
L’histoire
Quand le temps était dans le temps, aux premiers temps du monde, les bêtes terribles
rôdaient. Primo est inquiet. Il ne veut pas être dévoré. La Bête–terrible le guette
du coin de l’œil. Elle est patiente. Elle attend que Primo tombe de sommeil pour
l’emporter dans la nuit de son ventre. Et Primo ne trouve pas le Sommeil.
Mais Primo rencontre Secundo. On s’arrange toujours : pendant que Primo cherchera le
sommeil, Secundo veillera le premier et préviendra Primo de la venue de la Bête–terrible.
Mais Primo peut–il faire confiance à Secundo ? Et Secundo peut–il faire confiance à Primo ?
Et Primo et Secundo ne trouvent pas le Sommeil.
Mais Primo trouve… une idée. La nuit porte conseil. Primo et Secundo ramassent des
morceaux de bois. Ils construisent Tercio l’Épouvantable. Ils plantent Tercio l’Épouvantable
dans la terre. Et le vent fait gronder Tercio, et la rivière fait frémir Tercio, et la lune fait
blêmir Tercio. Et La Bête–terrible a terriblement peur. Elle s’en va loin manger de la
chlorophylle.
Et Primo et Secundo trouvent le sommeil.
Et dans le sommeil Primo et Secundo trouvent le rêve.
Et dans le rêve Primo et Secundo trouvent le réveil.
Alors Primo raconte à Secundo son rêve, sa merveille–à–lui–seul.
Et secundo montre à Primo son rêve, son autre lui–même–à–lui–seul.
Et Tercio l’Épouvantable danse avec Primo, Secundo, le vent, la rivière et la lune…
La prime
La seconde
La tierce
La quarte
La quinte
La sixte
La septième
L’octave.
« La Nuit » se joue avec ma guitare.
C’est un nocturne.
« Note d’intention »
Instinctivement j’associe le théâtre de marionnettes à la nuit « Nourrice du hibou ».
À l’opposé du théâtre, où le corps est solaire, la marionnette me paraît un art de la nuit.
Il a besoin de lanternes et d’ombres mouvantes.
Il nait de secrets et de feux follets qui attirent l’esprit. Il s’équilibre avec l’obscur. C’est la
sculpture du songe.
L’acteur dans ce pays s’efface. Scrupuleusement en retrait, il met en scène, dans la
lumière, images et personnages. Il les donne du bout des doigts ; il les inspire et leur
souffle un dessein du bout des lèvres.
Au théâtre de marionnettes, l’acteur brille par son absence.
Au théâtre de marionnettes, le jour c’est la nuit.
Pierre Blaise
1 Henri Michaux